Chanson Perpetuelle – Ernest Chausson: Op. 37 (1898) / La Bonne Chanson – Gabriel Fauré: Op.61 (1898)

Written in 1898 and one of Chausson’s most important vocal orchestral works, “Chanson Perpetuelle” is based on a poem by Charles Cros, and depicts the suffering of woman abandoned by her lover.

Based on the 9 poems by Paul Verlaine, the song cycle “La Bonne Chanson” was composed by Gabriel Fauré between 1892 – 1894. In 1898 Fauré published this arrangement for String Quartet, Piano and Voice.

“Chanson perpétuelle” Op. 37 (1898) – Perpetual Song: Ernest Chausson

Bois frissonnants, ciel étoilé
Mon bien-aimé s’en est allé
Emportant mon cœur désolé

Vents, que vos plaintives rumeurs
Que vos chants, rossignols charmeurs
Aillent lui dire que je meurs

Le premier soir qu’il vint ici
Mon âme fut à sa merci
De fierté je n’eus plus souci

Mes regards étaient pleins d’aveux
Il me prit dans ses bras nerveux
Et me baisa près des cheveux

J’en eus un grand frémissement
Et puis je ne sais plus comment
Il est devenu mon amant

Je lui disais “tu m’aimeras”
Aussi longtemps que tu pourras
Je ne dormais bien qu’en ses bras

Mais lui, sentant son cœur éteint
S’en est allé l’autre matin
Sans moi, dans un pays lointain

Puisque je n’ai plus mon ami
Je mourrai dans l’étang
Parmi les fleurs sous le flot endormi

Sur le bord arrivée, au vent
Je dirai son nom, en rêvant
Que là je l’attendis souvent

Et comme en un linceul doré
Dans mes cheveux défaits
Au gré du vent je m’abandonnerai

Les bonheurs passés verseront
Leur douces lueurs sur mon front
Et les joncs verts m’enlaceront

Et mon sein croira, frémissant
Sous l’enlacement caressant
Subir l’étreinte de l’absent

Quivering woods, starry sky,
my beloved has gone away
taking with him my desolate heart!

Winds, may your plaintive noises,
charming nightingales, may your songs
go to tell him I’m dying!

From the first evening he came here
my soul was at his mercy.
I no longer care about pride.

My eyes kept telling him my thoughts.
He took me in his nervous arms
and kissed my head close to my hair.

That caused me a great trembling;
and then, I no longer know how,
he became my lover.

I kept saying: “You will love me
for as long as you are able!”
I would only sleep well in his arms.

But he, feeling his heart grown cold,
departed some mornings ago,
without me, for a distant land.

Because I have my lover no longer
I will die in the pond, among
the flowers, under the sleeping water.

Pausing on the edge, I will speak
his name to the wind, while dreaming
that I often awaited him there.

And as if in a golden shroud,
with my hair undone, I will let myself go
wherever the current takes me.

The happy times I have known will shed
their gentle light on my forehead;
and the green reeds will entwine me.

And my breast will believe,
as it trembles, caressed and entwined,
that the absent one is embracing me.

La Bonne Chanson Op. 61 (1898) – The Good Song: Gabriel Fauré

Une sainte en son aureole
Une Sainte en son auréole
Une Châtelaine en sa tour
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d’amour;
La note d’or que fait entendre
Un cor dans le lointain des bois
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d’autrefois;
Avec cela le charme insigne
D’un frais sourire triomphant
Éclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant;
Des aspects nacrés blancs et roses
Un doux accord patricien:
Je vois j’entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.
A Saint in her halo
A Châtelaine in her tower
All that contain the words
Humane of grace and love;
The note of gold that sounds a horn
far away in forests
Mixed with the tender pride
Of noble Ladies long ago;
And then the charm symbols
A fresh triumphant smile
Unfurling in the swan-like candor
And the blush of a childish woman;
Of pearled appearance of white and pink
A sweet patrician harmony –
I see I hear all these things
In her Carolingian name.
Puisque l’aube grandit
Puisque l’aube grandit, puisque voici l’aurore
Puisque après m’avoir fui longtemps l’espoir veut bien
Revoler devers moi qui l’appelle et l’implore
Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien
Je veux guidé par vous beaux yeux aux flammes douces
Par toi conduit ô main où tremblera ma main
Marcher droit que ce soit par des sentiers de mousses
Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin;
Et comme pour bercer les lenteurs de la route
Je chanterai des airs ingénus je me dis
Qu’elle m’écoutera sans déplaisir sans doute;
Et vraiment je ne veux pas d’autre Paradis.
Since the dawn breaks, since here’s the daybreak
Since having run away from me hope wants to
Return towards me and my calling and imploring
Since all this happiness will truly be mine.
I shall guided by you beautiful eyes’ gentle glow
By you led O hand where trembles my hand
Walk ahead whether on mossy trails
Or rocks and pebbles encumbering the way.
And while to ease the slow pace of the road
I’ll sing some ingenuous airs I tell myself
That she will hear me without displeasure without doubt
And truly I will not want any other paradise.
La lune blanche
La lune blanche
Luit dans les bois;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…Ô bien aimée.
L’étang reflète
Profond miroir
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…
Rêvons c’est l’heure.
Un vaste et tendre apaisement
Semble descender du firmament
Que l’astre irise…
C’est l’heure exquise.
The white moon
Shines in the woods;
Of every branch
Goes a voice
Under the boughs…O beloved.
The pool reflects
Profound mirror
The shadow
Of black willow
Where the wind weeps…
Dream it is the hour.
A vast and tender pacification
Seems to descend the sky
That star iridescent…
It is the exquisite hour.
J’allais par les chemins perfidies
J’allais par les chemins perfides
Douloureusement incertain.
Vos chères mains furent mes guides.
Si pâle à l’horizon lointain
Luisait un faible espoir d’aurore;
Votre regard fut le matin.
Nul bruit sinon son pas sonore
N’encourageait le voyageur.
Votre voix me dit: “Marche encore!”
Mon coeur craintif mon sombre coeur
Pleurait seul sur la triste voie;
L’amour délicieux vainqueur
Nous a réunis dans la joie.
I walked along perfidious ways
Painfully uncertain.
Your dear hands were my guides.
So pale at the horizon long
Shining a faint hope of dawn;
Your gaze was the morning.
No sound except his own footfall
None encouraged the traveller.
Your voice said to me: ‘Walk on!’
My heart fearful my sombre heart
Wept alone upon the sad road;
Love delicious vanquisher
Has united us in joy.
J’ai presque peur en verité
J’ai presque peur en vérité
Tant je sens ma vie enlacée
A la radieuse pensée
Qui m’a pris l’âme l’autre été
Tant votre image à jamais chère
Habite en ce coeur tout à vous
Ce coeur uniquement jaloux
De vous aimer et de vous plaire ;
Et je tremble pardonnez-moi
D’aussi franchement vous le dire
À penser qu’un mot qu’un sourire
De vous est désormais ma loi
Et qu’il vous suffirait d’un geste
D’une parole ou d’un clin d’oeil
Pour mettre tout mon être en deuil
De son illusion céleste.
Mais plutôt je ne veux vous voir
L’avenir dût-il m’être sombre
Et fécond en peines sans nombre
Qu’à travers un immense espoir
Plongé dans ce bonheur suprême
De me dire encore et toujours
En dépit des mornes retours
Que je vous aime que je t’aime!
I’m almost afraid in truth
So much I feel my life bound
With the radiant thoughts
That have captured my soul the last summer
So much your image ever dear
Inhabits in this heart that is totally yours
This heart uniquely jealous
To love you and to please you.
And I tremble forgive me
Also for frankly telling you
Thinking that one word one smile
From you is from now on my law
And that should you suffice one gesture
One word one singular glance
To put all my being in mourning
From its illusion celestial.
But sooner I would not see you –
The future should be sombre to me
And ripe in pain without number –
Could I not through an immense hope
Plunged into this happiness supreme
To me repeat again and forever
Despite bleak returns
That I love you I love you!
Avant que tu ne t’en ailles
Avant que tu ne t’en ailles
Pâle étoile du matin
Mille cailles
Chantent chantent dans le thym.
Tourne devers le poète
Dont les yeux sont pleins d’amour;
L’alouette monte au ciel avec le jour.
Tourne ton regard
Que noie l’aurore dans son azur;
Quelle joie parmi les champs de blé mûr!
Puis fais luire ma pensée
Là-bas – bien loin oh bien loin !
La rosée gaîment brille sur le foin.
Dans le doux rêve où s’agite
Ma mie endormie encor…
– Vite vite
Car voici le soleil d’or. –
Before you fade
Pale star of the morning
A thousand quail
Singing singing in the thyme.
Turn towards the poet
Of which the eyes are full of love
The lark rises in the sky with the day.
Turn your gaze
That drowns in the blue of dawn;
Which joy between the fields of ripe corn!
Then make shine my thoughts
Over there far ah far away!
The dew brightly glints upon the hay.
In the sweet dream where stirs
My love sleeping again…
Quickly quickly
For here’s the sun of gold.
Donc ce sera
Donc ce sera par un clair jour d’été
Le grand soleil complice de ma joie
Fera parmi le satin et la soie
Plus belle encor votre chère beauté;
Le ciel tout bleu comme une haute tente
Frissonnera somptueux à longs plis
Sur nos deux fronts qu’auront pâlis
L’émotion du bonheur et l’attente;
Et quand le soir viendra l’air sera doux
Qui se jouera caressant dans vos voiles
Et les regards paisibles des étoiles
Bienveillamment souriront aux époux.
So it will be a bright summer day:
The great sun my partner in joy
Shall make between the satin and the silk
more dear again your darling beauty;
The sky all blue like a high tent
Will tremble sumptuously in long folds
Above our two brows will become pale
The emotion of happiness and waiting;
And when evening comes the breeze shall be soft
And will play caressingly in our veils
And the peaceful faces of stars
Will benevolently smile upon the spouses.
N’est-ce pas?
N’est-ce pas?
Nous irons gais et lents dans la voie modeste
Que nous montre en souriant l’Espoir
Peu soucieux qu’on nous ignore ou qu’on nous voie.
Isolés dans l’amour ainsi qu’en un bois noir
Nos deux cœurs exhalant leur tendresse paisible
Seront deux rossignols qui chantent dans le soir.
Sans nous préoccuper de ce que nous destine le Sort
Nous marcherons pourtant du même pas
Et la main dans la main avec l’âme enfantine.
De ceux qui s’aiment sans mélange n’est-ce pas?
Is it not so?
We will go happily and slowly down the way modest
That we climb in smiling hope
Little caring if we are ignored nor if we are seen.
Isolated in love as in a dark wood
Our two hearts exhaling tender peace
Will be two nightingales who sing in the night.
We without preoccupation of our pre-destined fate
We shall walk together yet in step
And hand in hand our souls like those of children
Of those who love without mixture is it not so?
L’hiver a cessé
L’hiver a cessé : la lumière est tiède
Et danse du sol au firmament clair.
Il faut que le coeur le plus triste cede
à l’immense joie éparse dans l’air.
J’ai depuis un an le printemps dans l’âme
Et le vert retour du doux floréal
Ainsi qu’une flamme entoure une flamme
Met de l’idéal sur mon idéal.
Le ciel bleu prolonge exhausse et couronne
l’immuable azur où rit mon amour
La saison est belle et ma part est bonne
Et tous mes espoirs ont enfin leur tour.
Que vienne l’été!
Que viennent encore l’automne et l’hiver!
Et chaque saison me sera charmante
Ô Toi que décore cette fantaisie et cette raison !
Winter is finished the light is soft
And dances the sun in the clear firmament
Even the heart the most sad cedes
to the great joy that fills the air.
I have for one year had spring in my soul
And the green return of sweet May
Like a flame circling a flame
Puts an ideal to my ideal.
The sky blue prolonging heightens and crowns
the immutable azure where smiles my love.
The season is beautiful and my lot is happy
And all my hopes are fulfilled at last.
Come summer!
Come again autumn and winter!
Each season will charm me
O you graced with fantasy and this reason!